Un opposant togolais empêché d’embarquer sur un vol Air France vers Lomé

Selon l’ancien ministre François Boko, la compagnie française « a cédé aux intimidations car les autorités togolaises auraient menacé d’empêcher l’atterrissage ».

 

Un ancien ministre et opposant togolais, François Boko, en exil en France depuis une quinzaine d’années, a été empêché jeudi 28 mars d’embarquer à l’aéroport parisien de Roissy-Charles-de-Gaulle sur un vol Air France à destination de Lomé, a-t-on appris de sources concordantes. Selon une source aéroportuaire, « les éléments communiqués par le ministère de l’immigration togolais indiquent que M. Boko ne dispose pas d’un passeport togolais ni d’un passeport étranger avec un visa permettant son admission au Togo. Air France a donc refusé son embarquement car les compagnies aériennes sont responsables des personnes qui ne peuvent pas être admises dans le pays d’arrivée ».

 

Une autre source aéroportuaire a, de son côté, indiqué que l’opposant s’était vu refuser l’embarquement avec une vingtaine d’autres personnes, sur instructions du ministère français des affaires étrangères. Le Quai d’Orsay a démenti toute implication. « Aucune instruction n’a été donnée à la compagnie Air France par le ministère de l’Europe et des affaires étrangères », a-t-on indiqué au ministère.

 

« Air France a cédé aux pressions et intimidations et a refusé de m’embarquer car les autorités togolaises auraient menacé d’empêcher l’atterrissage », a affirmé de son côté M. Boko à l’AFP. Parmi les personnes qui ont été empêchées de monter à bord avec lui figuraient deux avocats et trois collaborateurs, selon M. Boko, franco-togolais. « J’étais muni de mon passeport français et de mon acte d’état civil togolais. J’étais donc en règle et le problème du visa ne se posait pas », s’est-il défendu, notant que les binationaux sont exemptés de visa dès lors qu’ils disposent d’un document attestant de leur appartenance au Togo.

« Accord de principe »

François Boko, à qui l’on prête l’intention de se porter candidat à la présidentielle d’avril 2020 mais qui n’a fait aucune déclaration officielle dans ce sens pour l’instant, avait indiqué dans une interview mardi à RFI que les autorités togolaises étaient prévenues de son retour. Il avait assuré que « le chef de l’Etat du Togo [….] a donné son accord de principe » pour garantir sa sécurité à son retour.

 

Mais la présidence togolaise affirme que « les services de l’immigration se sont depuis penchés sur la question [de ses documents] et agissent selon les textes en vigueur ». « Le Togo est un Etat de droit et ouvert et n’a besoin d’interdire à quiconque d’entrer sur son territoire qu’il soit togolais ou non », a fait savoir à l’AFP Toba Tanama, porte-parole de la présidence à Lomé.

 

Répondant aux accusations selon lesquelles le pouvoir tente de gagner du temps pour empêcher M. Boko de participer à la présidentielle de 2020, la présidence est catégorique : « Nous ne savions même pas qu’il est candidat. » Depuis mi-2017, le Togo est le thé’tre de manifestations parfois massives de l’opposition, ayant pour mot d’ordre la démission du président Faure Gnassingbé qui a succédé en 2005 à son père, à la tête du pays pendant trente-huit ans.
Le Monde Afrique