Togo: tout comprendre sur la brouille entre les leaders de l’opposition

La lutte pour la démocratie et l’alternance politique au Togo est portée par une frange importante de la population togolaise. Les forces démocratiques qui incarnent ce combat, au regard de la misère généralisée imposée par le régime cinquantenaire au peuple togolais, se doivent d’avoir une certaine hauteur d’esprit afin de conclure enfin cette lutte. Mais on constate depuis quelque temps des déchirements inutiles qui sont de nature à saborder la lutte.

 

Certains responsables de partis membres de la coalition des 14 partis politiques de l’opposition pour des desseins inavoués cherchent à noyer tout le groupe. Pendant que tout reste possible, il importe que des décisions courageuses et responsables soient prises pour dissiper tous les malentendus et repartir sur des bases saines et rigoureuses. Dans les pulsions émotives qui ont cours, que comprendre réellement de la pomme de discorde ?

Le conclave pour un nouveau départ
On se rappelle que la C14 a été un regroupement de circonstance à la suite des manifestations du 19 août 2017 du Parti National Panafricain. L’objectif principal du regroupement est l’opérationnalisation des réformes constitutionnelles et institutionnelles. C’est autour de cet idéal que le groupe s’est formé et a réussi à soulever le peuple pendant plusieurs mois. Les premières frissons sont arrivées à l’annonce du dialogue lorsque le PNP a décidé et obtenu du groupe que les manifestations cessent pendant le dialogue. Une position que beaucoup de leaders ont accepté malgré eux.

 

A cela s’est ajouté le refus de contributions financières de certains partis. La Coordinatrice Mme Brigitte Kafui AdjamagboJohnson désignée sans protocole pour coordonner les activités du groupe a réussi tant bien que mal à ramollir les aspérités pour que la coalition survive aux malentendus surtout le choix douloureux de boycotter les législatives.

Au lendemain des élections législatives du 20 décembre 2018, il s’est agi de formaliser le groupe pour de nouvelles orientations surtout face à l’entêtement du régime qui fonce la tête baissée. Pour définir la vision stratégique de la coalition, il se rapporte qu’une cellule interne a été créée et dirigée par le Secrétaire Général du Comité d’Action pour le Renouveau (CAR) Jean Kissi. La mission de la cellule est de traiter la question de l’alliance électorale autour de la question fondamentale « quelle organisation pour obtenir l’alternance et gérer le pouvoir ? ».

A l’issue des réunions les 09 et 14 février derniers, la cellule est parvenue à trois points notamment l’obligation des réformes constitutionnelles et institutionnelles, le couplage des pressions et de dialogue et l’alliance électorale. La cellule dirigée par Jean Kissi et qui compte des représentants des autres partis membres de la C14 a lié la question de l’alliance électorale à l’effectivité des réformes ou non à travers plusieurs scénarii. Elle a proposé selon nos sources, trois points à l’ordre du jour d’un conclave. Il s’agit en l’occurrence de l’adoption de la structuration, l’examen de la vision stratégique et la charte. Le point de la cellule de Kissi a été mis à la disposition de tous les partis et la date du conclave fixée.

C’est à partir de là que certaines voix s’élèvent pour semer la confusion qui a cours depuis quelques jours. Il nous revient que la question de la structuration a été posée en premier par le Parti des Togolais pour plus d’organisation et de fonctionnement efficace du groupe. Ensuite, la dénomination conclave n’a pas convenu à certains et au final ils ont décidé de la changer en journée de réflexion.

Lorsque le CAR a décidé de ne pas prendre part au conclave, la Coordinatrice a demandé un ajournement. Du retour de Paris du Président du CAR Me Yawovi Agboyibo, il a été abordé par certains leaders pour mieux comprendre les motivations de son parti.

Après d’autres réunions de la C14, les 20 et 21 février ont été retenus et l’ordre du jour a été envoyé à tous les partis membres. Au moment venu, le CAR, le PNP, Le Togo Autrement, Santé du Peuple et MCD ont brillé par leur absence. Selon nos informations, le Président de Santé du Peuple Dr William Kouessan aurait évoqué des raisons personnelles, le CAR aurait conditionné son retour à la C14 aux conclusions des assises, le PNP s’opposerait à la structuration de la coalition, à la charte et aux élections sans réformes. Le MCD ayant pris ses distances depuis n’a pas fait signe tout comme Le Togo Autrement.

Ce qui est regrettable dans la posture de certains responsables de la C14, c’est qu’ils disposent de tous les documents de la cellule de Kissi et des deux jours de réflexion mais n’hésitent pas à raconter autre chose.

Des sources bien renseignées, il a été question pendant les deux jours du bilan des 18 mois de combat unitaire pour la démocratie et l’alternance, les résultats obtenus, l’analyse et l’évaluation des objectifs et méthodes utilisées, les fondements d’une nouvelle dynamique unitaire des forces démocratiques, la définition d’objectifs stratégiques claires, l’adoption d’une ligne politique claire en l’occurrence le choix entre l’alternance par la voie de l’insurrection révolutionnaire et l’alternance par la voie de l’insurrection électorale.

Il a été aussi question de comment remobiliser les populations autour des objectifs, la question des prochaines élections locales.

Pour un fonctionnement efficace de la coalition, certains suggèrent une présidente tournante. « Il n’a pas été question d’une quelconque candidature unique au cours des travaux comme le proclament certains. Même la question des réformes reste notre principale préoccupation. Mais face à un régime de ce genre, nous devons avoir d’autres alternatives au cas où ça bloque. C’est de tout ça qu’on a parlé », a révélé une source. Mais comment des gens peuvent-ils refuser le débat relatif au bilan pour évaluer les écureuils et prétendre œuvrer pour l’alternance ? Pourquoi l’option du surplace de certains?

Il est primordial que les responsables de la C14 se regardent en face pour éviter certaines postures improductives.

Kokou AGBEMEBIO/ Le Correcteur