Club de l’Afrique : la Banque mondiale et Google réinventent une Afrique 100 % numérique

Pour développer l’Afrique francophone, l’institution bancaire rêve d’un forum où les investisseurs traditionnels africains rencontreraient les start-up.

les 150 invités du Club de l’Afrique si « le numérique allait sauver le continent »…

Question provocante

Juste ce qu’il faut provocante, la question du débat avait le mérite de repartir du fait qu’à l’instar de ses lacunes en infrastructures classiques, le continent africain souffre aussi d’un manque d’infrastructures numériques. Makhtar Diop a commencé par ce rappel qu’« aujourd’hui, 20 % des Africains ont accès à Internet, certes mais qu’à peine 7 % disposent de la 4G ». Un constat de départ, qui oblige à considérer que les standards africains ne sont pas ceux de l’Europe, mais incite aussi à prendre conscience du chemin qu’il reste à parcourir.

Bien sûr, son institution s’est fixée pour objectif de connecter les Africains au haut débit d’ici à 2030, ou de permettre à la majorité de la population de chaque pays d’accéder à Internet en 2022 ; mais la Banque mondiale ne fera pas tout seul et, comme le rappelait M. Diop, elle est là pour assurer un quart des investissements et « permettre de créer les conditions pour que le secteur privé investisse ». Reste qu’on tourne un peu en rond car ce manque d’infrastructures est justement un frein à l’installation du privé…

Invités : De droite à gauche: Adama Bari Diallo (Google), Marie de Vergès (Le Monde Afrique), Maktard Diop (La Banque Mondiale), Rania Belkahia (Afrikamarket).
Invités : De droite à gauche: Adama Bari Diallo (Google), Marie de Vergès (Le Monde Afrique), Maktard Diop (La Banque Mondiale), Rania Belkahia (Afrikamarket). CAMILLE MILLERAND / ©Camille Millerand/ DIVERGENCE

Ces lacunes, Rania Belkahia, Franco-Marocaine diplômée d’HEC, et fondatrice d’Afrimarker, en a fait les frais au point que son entreprise a dû déposer le bilan à la fin de l’été dernier. Lancée il y a sept ans, sa plate-forme de commerce en ligne s’est en effet rapidement retrouvée confrontée à un condensé des problèmes du continent. Pas facile d’assurer des livraisons quand moins de 30 % du réseau routier est goudronné, quand le temps de trajet ne dépend pas que de la distance et ne figure pas sur les GPS. Si en plus l’absence d’adresse s’ajoute aux complications, la mission devient quasi impossible…

« Notre propre système logistique »

« Face au manque de données, nous avons inventé notre propre système logistique, grâce à la collecte de données sur les routes », détaille l’entrepreneuse qui a conscience d’avoir fait avancer la connaissance du terrain, même si elle n’a pas pu capitaliser dessus. Car si l’Afrique est une vraie terre d’innovation, une idée aussi géniale soit-elle, a besoin de temps pour s’installer dans les mentalités. « Créer de nouveaux usages en installant un produit nouveau, suppose du temps et de l’argent, pour une rentabilité lointaine, ce qui attire peu les investissements », analyse rétrospectivement Rania Belkahia, qui n’a plus pu s’offrir ce luxe après le retrait soudain d’un de ses investisseurs durant une levée de fond.

Autour de la table des discussions, ce 13 décembre, il est rapidement devenu évident qu’une entreprise privée ne pouvait à elle seule, compenser toutes les lacunes d’un Etat. Même si dans le cadre de Next Billion Users, qu’elle dirige, Adama Bari Diallo a, elle, tenté d’implanter des « Google Station » fournissant du Wifi gratuit au Nigeria. Malgré le succès de l’opération, les Nigérians n’ont pu maintenir les équipements en raison cette fois, du réseau électrique déficient…

Les Etats se doivent donc d’aider… Et pas seulement avec de l’argent. Il suffit parfois juste de changer la loi. Ce qu’a fait le Rwanda pour autoriser les livraisons par drones. Traversé par peu de routes, le pays aux mille collines a désormais à des drones médicaux pour approvisionner en sang l’hôpital de Kigali. Pratique désormais copiée au Ghana…

Deux beaux exemples qui amènent à confronter l’Afrique francophone à l’anglophone, pour observer le manque d’investissements structurel dans la première. L’an dernier l’Afrique francophone n’a bénéficié que de 55 millions de dollars d’investissement, contre 350 millions pour le seul Kenya, et 250 millions pour l’Afrique du Sud.

Le numérique comme accélérateur

S’il est bien une analyse sur laquelle les trois acteurs du numérique se sont retrouvés, c’est que « l’effet de levier du numérique » peut faire gagner beaucoup de temps au continent. Pour accélérer ce process en zone francophone, Makhtar Diop a donc profité de ce lieu de débat pour proposer la tenue d’un forum où les investisseurs traditionnels africains rencontreraient les start-up.

Sur un continent où 40 % de la population vit en situation d’extrême pauvreté, les priorités se conjuguent de l’accès aux soins, à l’éducation ou à l’eau potable, en passant par le numérique qui peut agir comme un accélérateur. D’autant que près d’un habitant sur deux de cette aire géographique possède un téléphone mobile. L’Afrique se numérise, mais seules des mesures structurelles peuvent faire aboutir les promesses de croissance économique exponentielle, d’optimisation des services, et d’accès à la culture et à l’éducation du plus grand nombre.