Classement international: après Doing Business, le dur retour à la réalité pour Faure Gnassingbé

Depuis la surprise du classement du rapport Doing business sur le Togo, plus aucune autorité publique n’a le droit de prononcer de discours sans faire allusion au « bond spectaculaire ».

 

A commencer par le candidat non encore déclaré du RPT/UNIR. Mais lorsqu’un autre rapport, considéré plus réaliste au vu des éléments qui le fondent, vient rappeler que le Togo n’est pas vraiment ce que la Représentante de la Banque Mondiale chante, on se demande ce que donnent l’intersection de ces deux rapports d’une part, et leur union avec les rapports successifs du Fonds monétaire international (FMI) en matière de croissance inclusive au Togo d’autre part.

 

Le classement 2019 de l’Indice de développement humain (IDH) ne doit pas faire sourire à la présidence togolaise. Parce que deux mois ne sont pas encore passés depuis la jubilation suite au classement Doing Business de la Banque Mondiale que le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) vient doucher l’élan des autorités togolaises.

 

Le Togo vient d’être classé 204ème sur 228 pays. Lu dans l’autre sens, le Togo fait partie des 25 pays où le développement est loin des standards. Mais quels sont les critères pris en compte pour en arriver là ?

L’Indicateur de Développement Humain, ou I.D.H. a comme objectif d’essayer de mesurer le niveau de développement des pays, sans en rester simplement à leur poids économique mesuré par le Produit intérieur brut (PIB) ou le PIB par habitant. Il intègre donc des données plus qualitatives.

 

C’est un indicateur qui fait la synthèse (on l’appelle indicateur composite ou synthétique) de trois séries de données :

La santé / longévité (mesurées par l’espérance de vie à la naissance), qui permet de mesurer indirectement la satisfaction des besoins matériels essentiels tels que l’accès à une alimentation saine, à l’eau potable, à un logement décent, à une bonne hygiène et aux soins médicaux.

Le savoir ou niveau d’éducation. Il est mesuré par la durée moyenne de scolarisation pour les adultes de plus de 25 ans et la durée attendue de scolarisation pour les enfants d’âge scolaire. Il traduit la satisfaction des besoins immatériels tels que la capacité à participer aux prises de décision sur le lieu de travail ou dans la société.

Le niveau de vie (logarithme du revenu brut par habitant en parité de pouvoir d’achat), afin d’englober les éléments de la qualité de vie qui ne sont pas décrits par les deux premiers indices tels que la mobilité ou l’accès à la culture.

L’I.D.H. est calculé par le Programme des Nations Unies pour le Développement (P.N.U.D.). Il se présente comme un nombre sans unité compris entre 0 et 1. Plus l’I.D.H. se rapproche de 1, plus le niveau de développement du pays est élevé. Le calcul de l’I.D.H. permet l’établissement d’un classement annuel des pays.

 

Et Faure Gnassingbé inventa son classement !
Dans une tribune publiée dans le journal panafricain « Jeune Afrique », le « plus grand réformateur en Afrique » estime que « le Togo a compris que son potentiel réside dans la capacité à s’ouvrir et à s’adapter dans un monde en pleine mutation…Aujourd’hui, grâce à ces actions, nous avons le taux de chômage le plus bas en Afrique ». Autrement dit, le rapport de la Banque Mondiale serait incomplet ! Puisqu’en plus d’être 3ème réformateur du monde et 1er en Afrique, Faure Gnassingbé apprend aux populations togolaises que le pays compte le plus bas taux de chômage du continent ! Faut-il en rire ou pleurer ? Les probables futurs licenciés de la société privatisée Togocom apprécieront. Et pourtant, un rapport du PNUD affirme qu’entre 2011 et 2015, le taux de sous-emploi a progressé, passant de 22% à 24,9% malgré une baisse du taux de chômage ; 53,5% de la population vit sous le seuil de pauvreté ; la pauvreté endémique dans le monde des agriculteurs a atteint 72,6%.

« L’homme nouveau » a poursuivi dans l’embellie. « Beaucoup de chemin a été parcouru par le peuple togolais et nous sommes déterminés à créer les conditions d’un partage de la prospérité partagée, mais nous le faisons avec méthode, engagement et détermination…Tout est désormais à notre portée pour une prospérité de tous et pour tous », a embrayé Faure. En d’autres termes, plus besoin de croire au taux de croissance du FMI sur le Togo, à court et moyen terme ; désormais, « sous le leadership éclairé » de Faure Gnassingbé, le lait et le miel sont pour très bientôt ! Car, « tout est désormais à notre portée ». Soit dit en passant, à moins que le taux de croissance actuel qui oscille entre 5,1 et 5,4% à moyen terme ne connaisse un bond spectaculaire pour atteindre au moins 7%, le Togo végètera dans les catacombes des pays pauvres sans ressources naturelles. Puisque ses ressources naturelles n’arrivent pas à atteindre 20% des recettes d’exportation à ce jour.

Godson K.
Source : Liberté